Sommaire
Asics structure sa gamme trail autour de quatre modèles principaux. La Fuji Speed 4 se destine aux formats courts et rythmés, sans pousser cette orientation jusqu’à son extrême. La Fuji Lite 7 occupe la case polyvalente. La Trabuco 14 vise la longue distance et l’ultra, avec beaucoup d’amorti et un chaussant large. La Trabuco Max 5 reprend ce positionnement en ajoutant encore de l’amorti et de la protection.
La MetaFuji Trail 2 constitue le cinquième modèle de cet ensemble et occupe le créneau de la haute performance. Elle ne cherche pas la polyvalence, elle assume des compromis au profit du rendement.
La première version était sortie il y a deux ans. Elle avait été critiquée par une bonne partie des testeurs, et la marque l’avait ensuite laissée en retrait dans sa gamme. Cette version 2 reprend le même cahier des charges avec une conception revue sur la plupart des postes.
Le contexte de course aide à comprendre le positionnement. Tom Evans l’a portée sur l’UTMB. Ben Dhiman la portait également lors de sa deuxième place sur l’UTMB 2025, puis sur le 90 du Mont-Blanc où il termine aussi deuxième. Nous en parlons d’ailleurs dans l’interview que j’ai réalisée avec lui, disponible partout sur le podcast. Il est probable qu’elle équipe encore des coureurs bien placés sur l’UTMB 2026.
Le brief est donc clair. La marque vise l’ultra de montagne avec du dénivelé, mais pas les parcours très accidentés ni très techniques.
Caractéristiques techniques des MetaFuji trail 2
- Poids ➡️ 255 grammes en (42,5), contre 260 grammes sur la première MetaFuji Trail 1. 300 gr en 46.5
- Hauteur du stack arrière/avant ➡️ 36,5 mm / 41,5 mm, soit 3 mm de moins que la V1 (39,5 / 44,5 mm).
- Drop ➡️ 5 mm, inchangé par rapport à la V1.
- Mesh ➡️ Tige tissée Motion Wrap TR, annoncée avec au minimum 50 % de matériaux recyclés, associant fils légers et durables à du fil élastomère. Matière respirante, robuste et non extensible. Nouveau collier de cheville de type chaussette et languette continue formant une guêtre intégrée, qui limite l’entrée des débris.
- Laçage ➡️ Système de laçage rapide (speed lace) avec poche de rangement.
- Semelle extérieure ➡️ Gomme propriétaire ASICSGRIP avec crampons de 3,5 mm bi-directionnels non pas avant-arrière mais intérieur-extérieur. Différents dessins de crampons. Plateforme de 124 mm à l’avant-pied, 77 mm au médio-pied et 84 mm au talon. ASICS annonce une base élargie au médio-pied et au talon par rapport à la V1 qui avait encore plus cette construction en V.
- Semelle intermédiaire (amorti) ➡️ Construction en double densité de mousses. Première couche en FF LEAP, la mousse la plus légère et la plus dynamique du catalogue ASICS, et FF BLAST PLUS sous la plaque pour l’amorti.
- Largeur du chaussant ➡️ Normal à fin.
- Plaque ➡️ Oui. Plaque carbone pleine longueur avec dessin en X, prise en sandwich entre le FF LEAP au-dessus et le FF BLAST PLUS en dessous. Elle remplace la plaque pleine longueur classique et pleine de la V1. Ce changement vise à conserver les bénéfices de la plaque en terme de raideur, tout en autorisant une déformation un peu plus prononcée sur terrain montagneux. Resistance à la torsion prononcée.
- Autres informations ➡️ Faible rocker, comme la V1. Absence de coquage talon. Contrefort moelleux rembourré. Pas de languette.
- Prix catalogue ➡️ 250 €, disponibilité au 1er août 2026.
Mon avis sur les MetaFuji Trail 2
Le confort
Le confort est important sous le pied. On a 41,5 mm de stack à l’arrière et 36,5 mm à l’avant, avec une mousse épaisse et souple. L’amorti est abondant et le toucher reste moelleux, ce qui la distingue nettement de la Trabuco 14 et de la Trabuco Max 5. Ces deux modèles proposent quelque chose de plus ferme, là où la MetaFuji Trail 2 s’écrase davantage sous l’appui.
Autour du pied, on a un confort moyen. Le mesh ressemble à du Matryx sans en être, il reste rigide et robuste, et il ne cherche pas la douceur. Asics a ajouté des structures moelleuses sur des points clés comme le talon, la zone sous les malléoles et le coup de pied pour ne pas sentir les lacets une fois serrés. A l’instar d’une S/Lab Ultra Glide 1.5 qui propose des renforts partout à l’intérieur, ce qui n’est pas le cas ici.
Ce choix se comprend au regard du poids. La chaussure annonce 255 g en 42,5 et 300 g en 46,5, ce qui reste assez faible pour un modèle avec cette épaisseur de mousse et une plaque carbone.
Le fit
Le chaussant se situe entre le normal et le fin, et il reste proche du pied. Les habitués du volume Trabuco doivent en tenir compte. Un pied large ne trouvera pas sa place dedans, d’autant que le mesh ne se déforme pas pour accompagner le volume.
Le maintien et la stabilité
C’est la principale zone d’ombre du modèle. La stabilité reste moyenne, même si le progrès par rapport à la version 1 est net. J’ai pu emmener cette V2 sur de vrais terrains de montagne sans problème, ce que je n’arrivais pas à faire avec la première version.
Plusieurs éléments expliquent cette sensation. En premier, la hauteur joue. Avec 41,5 mm à l’arrière, soit davantage que les autres modèles de la catégorie que j’ai en test. La géométrie de plateforme intervient ensuite. J’ai relevé 124 mm de largeur à l’avant, 77 mm au médio-pied et 84 mm au talon. Sur une S/Lab Ultra Glide 1.5, qui affiche la même hauteur de stack, on trouve 114 mm à l’avant et 93 mm au talon. L’écart au talon atteint donc presque un centimètre, et cette construction en V avec un avant large et un arrière fin se ressent en latéral.
Le contrefort ajoute à cette impression. Il est totalement souple, sans coque ni semi-coque, un peu comme sur une S/Lab Genesis ou une Cloudultra Pro. C’est le pied qui assure le maintien dans cette zone, la chaussure n’apporte pas d’aide.
Sur beaucoup de trails, cela ne pose pas de problème. Quelques passages accidentés se négocient sans difficulté, avec parfois un peu moins d’aisance et un léger ralentissement. En revanche, les courses très caillouteuses ne lui conviennent pas, et les coureurs aux chevilles sensibles devraient regarder ailleurs. Le niveau de stabilité reste cohérent avec la cible annoncée. Sur un UTMB, une Saintélyon, des Templiers, un Saint-Jacques ou une VVX, cela fonctionne. Sur une Restonica, une Échappée Belle, un UT4M ou un UTCAM, je pense que c’est un mauvais choix.
La précision
La précision surprend au regard de ce qui précède. Le fit proche, le mesh qui ne se déforme pas et la raideur générale de la chaussure lui permettent de bien suivre le pied. La résistance à la torsion est élevée dans plusieurs directions, et on ne subit pas de mouvements parasites sur des poses un peu approximatives. Elle ne joue pas dans la cour d’une Long Sky 2 ou d’une Scarpa Spin Ultra, mais elle se situe correctement dans sa catégorie.
La respirabilité mérite aussi d’être signalée. J’ai couru avec entre 30 et 38 degrés et je n’ai pas eu chaud aux pieds, alors que le mesh donne une impression assez fermée quand on le manipule.
Accroche et adhérence
L’accroche marque un vrai changement chez Asics. Les crampons mesurent 3,5 mm, comme sur la version 1, mais le dessin n’a plus rien à voir. Il n’y a pas non plus de crampons au milieu de la semelle, qui reste évidée sur cette zone.
Avec la V1, je dévissais beaucoup dès que le terrain n’était pas parfaitement compact, ce qui rendait la montagne difficile. Ce n’est plus le cas ici. La chaussure accroche correctement en montée comme en descente sur les terrains où je l’ai emmenée.
Les limites apparaîtront sur les terrains les plus raides et les plus montagneux, ce qui reste logique compte tenu de la profondeur de crampons et de la zone médiane évidée. Pour sa cible, le dessin fait le travail.
J’ai testé la chaussure en pleine canicule et je n’ai pas rencontré une seule sortie humide. L’Asics Grip se comporte généralement bien en adhérence sur les autres modèles de la marque, et il est raisonnable de penser que l’on retrouve ce niveau ici, mais je n’ai pas pu le vérifier.
Dynamisme
La construction associe deux mousses de densités différentes séparées par une plaque carbone pleine longueur au dessin en X. La couche supérieure apporte la légèreté et le retour, celle placée sous la plaque ajoute de l’amorti pour la distance. Le rebond se ressent dès les allures modérées, et parmi les modèles que j’ai testés en trail, elle fait parti de celles qui renvoient beaucoup. Ce comportement vient de la mousse et non de la géométrie, puisque le rocker reste faible au point qu’on ne retrouve pas l’effet culbuto ni la sensation de déroulé assisté rencontrée ailleurs. Une Cloudultra Pro et une MTL Adapt en proposent nettement plus, une Cascadia Elite et une Speed Peak s’en tiennent au même niveau réduit que l’Asics, et cette convergence m’intéresse. Un rocker prononcé vient de la route et génère une part d’instabilité dès que le terrain devient irrégulier, ce que plusieurs marques semblent chercher à limiter sur leurs modèles orientés montagne. Sur le terrain, la relance demande donc un vrai appui plutôt qu’un simple basculement vers l’avant, et le retour arrive quand la mousse se détend.
Informations supplémentaires
La tige tissée, appelée Motion Wrap TR, annonce au minimum 50 % de matériaux recyclés. Elle associe des fils légers et durables à des fils élastomères. En main, elle ne se déforme pas quel que soit le sens dans lequel on la tord, et cette rigidité se confirme à l’usage.
Le collier a changé par rapport à la version 1. La languette et le chaussant forment désormais une seule pièce, ce qui crée une guêtre intégrée destinée à limiter l’entrée des débris. Le lacage rapide reprend un principe déjà connu chez la concurrence, avec une poche discrète pour ranger les lacets une fois serrés.
La plaque carbone évolue également. La version 1 recevait une plaque intégrale que l’on sentait sous le pied, ce que j’avais signalé dans mon test. Le dessin en X conserve la raideur longitudinale, et la chaussure reste très difficile à tordre, tout en rendant la résistance latérale moins brutale.
Durabilité
Je ne peux pas trancher sur sa durabilité. J’ai environ 60 km au compteur avec cette paire, ce qui reste insuffisant pour juger de l’usure réelle.
La version 1 s’était usée assez vite, et c’est un des reproches que je lui avais adressés. La construction de cette V2 semble plus robuste, notamment sur la tige, mais seuls des retours après plusieurs centaines de kilomètres permettront de le confirmer. Le modèle vient de sortir, il faudra donc un peu de temps avant d’avoir des éléments fiables.
Conclusion – Pour quelles utilisations ?
Sur le papier, on imagine une chaussure limitée aux terrains roulants. Le stack élevé, la plaque carbone et l’orientation performance vont dans ce sens, et c’était d’ailleurs le principal défaut de la version 1, que je réservais aux parcours propres.
À l’usage, la chaussure va nettement plus loin que ça. Je l’ai emmenée en montagne sans difficulté, sur des terrains où je n’aurais pas pris la V1. L’accroche fonctionne, la précision reste correcte et le maintien tient grâce à la rigidité générale plutôt qu’à des renforts. La légère instabilité gauche-droite subsiste, mais elle ne devient gênante que sur les portions cassantes et prolongées.
Le profil d’utilisateur me paraît assez précis. Cette chaussure s’adresse à un coureur ou une coureuse qui recherche la performance sur des formats longs et des ultras de montagne, avec un pied normal à fin et des chevilles solides. Les courses visées comportent du dénivelé et de la pente, mais peu de technicité prolongée, avec des sentiers propres sur lesquels on peut évoluer vite. Un UTMB, une VVX, des Templiers, un Saint-Jacques ou une Lavaredo correspondent à ce profil.
Je ne la recommanderais pas en priorité sur des formats courts, sauf s’ils sont franchement roulants et sans piège. La légère instabilité se paie davantage quand on va vite et qu’on arrive lancé sur une portion à négocier.
Dernier point qui compte à mes yeux, elle reste agréable à toutes les allures. On n’a pas besoin de courir vite pour en profiter, et même sur un footing tranquille sur sentier, le retour de la mousse rend la sortie plaisante.









