Test MTL SpeedARC PEAK – Une supershoes de montagne !

Publié le 27 Juil 2026 · Par Margaux de Chanaleilles · Temps de lecture ~12 min.

Sommaire

Vous cherchez un test de la MTL SpeedARC Peak de Merrell ? Ce test est pour vous.

Commençons par le contexte, parce qu’il compte. La SpeedARC Peak est la première chaussure de trail à plaque carbone de Merrell. La marque arrive donc tard sur ce segment, après Hoka, Salomon et d’autres, mais elle arrive avec une chaussure travaillée pendant cinq ans dans le Merrell Test Lab (MTL), à travers 154 prototypes et 21 000 kilomètres de test. Ce n’est pas une route recarrossée pour le sentier, c’est un modèle pensé dès le départ pour la course en montagne longue distance.

Chez Merrell, la logique de gamme est simple. Le Skyfire est la chaussure courte et rapide, type kilomètre vertical, le Long Sky est le modèle ultra établi, et la MTL SpeedARC Peak vient se placer au-dessus des deux comme la première option à plaque carbone. Elle vise clairement la course, du format mi-long à l’ultra, sur terrain technique.

Un mot sur ce qu’il faut attendre d’une plaque carbone en trail. Sur route, la plaque fait gagner de l’économie de course, c’est mesuré et documenté. En trail, ce gain n’a jamais été démontré et personne ne peut le chiffrer aujourd’hui. Ce que la plaque apporte réellement en montagne est différent. La plaque associée aux mousses hautes et souples actuelles, raidit l’ensemble, répartit les charges sous le pied et filtre le terrain. Je développe tout ça dans le test. Gardez simplement en tête, dès maintenant, qu’une plaque de trail ne se juge pas comme une plaque de route.

Caractéristiques techniques de la MTL SpeedARC Peak

  • Poids ➡️ 305 grammes en 43 homme selon Merrell, 346 grammes en 46.5.
  • Hauteur du stack ➡️ 30 mm au talon, 24 mm à l’avant-pied (valeurs semelle, hors semelle de propreté).
  • Drop ➡️ 6 mm.
  • Plateforme ➡️ Approximativement 120mm à l’avant-pied, 80mm au médio-pied, et 100mm à l’arrière pied (mesures effectuées par nos soins).
  • Tige ➡️ Matryx Micro, tissage multifilament associant Kevlar et polyamide haute ténacité, pour une tige monocouche légère, respirante et résistante à l’abrasion. Bande de mesh élastique au milieu du coup de pied.
  • Laçage ➡️ Traditionnel plat, annoncé comme élastique et anti-délaçage mais je n’ai pas cette impression.
  • Semelle extérieure ➡️ Vibram Megagrip Elite de 4 mm de 2 formes différentes (X classiques de Merrell et V) et bi-directionnels.
  • Semelle intermédiaire (amorti) ➡️ Couche supérieure en mousse PEBA FloatPro pour la restitution, couche inférieure en mousse EVA FloatPro (pour la tenue et la durabilité.
  • Largeur du chaussant ➡️ Moyen à fin.
  • Plaque ➡️ Plaque carbone FlexPlate, ¾ de longueur, fendue à l’avant (fourche « split toe ») pour laisser les orteils s’adapter au relief. Rainures de flexion FLEXconnect de 3 mm, verticales et horizontales, dans la mousse.
  • Autres informations ➡️ Développée sur cinq ans via le Merrell Test Lab.
  • Prix catalogue ➡️ 290 €

Mon test des MTL SpeedARC Peak

Mes conditions de test

J’ai parcouru entre 60 et 70 kilomètres avec cette paire. Ma paire est une 46,5 et elle affiche 346 grammes sur ma balance, quand Merrell annonce 305 grammes en 43. Je l’ai emmenée sur des sentiers roulants comme sur du terrain franchement accidenté, et j’ai pu la sortir une fois sur roche mouillée.

Pour situer ce modèle, je l’ai comparé aux autres chaussures haute performance que j’ai testées récemment ou que j’ai en cours de test. On y trouve la On Cloudultra Pro, la The North Face Vectiv Pro 3, l’Asics Metafuji Trail 2 et la Brooks Cascadia Elite. Cette mise en perspective m’a aidé à repérer les points communs et les écarts entre ces modèles. Elle m’a surtout amené à me demander si la SpeedARC Peak appartient vraiment à la même famille.

Une chaussure difficile à ranger parmi les super shoes de trail

Dès les premières sorties, j’ai retrouvé l’ADN de Merrell. On a de la raideur, des crampons agressifs et une orientation bien plus montagne que sentier facile. Ce positionnement change beaucoup de choses, parce que le reproche que j’adresse régulièrement aux super shoes de trail porte justement sur leur comportement en terrain technique.

Je l’avais dit à propos de la Cloudultra Pro, qui se tord beaucoup à l’arrière du pied et qui manque d’accroche dès que ça devient montagneux. Je l’avais dit aussi sur la Vectiv Pro 3, qui reste un régal tant que le terrain est facile mais qui demande de faire très attention dès qu’il se complique. La Metafuji Trail 2 progressait sur ce point sans pour autant régler la question. La SpeedARC Peak ne m’a jamais mis en difficulté sur terrain technique, et je n’ai jamais testé de chaussure haute performance aussi typée montagne que celle-ci.

Le confort et l’amorti

Les 30 mm au talon et 24 mm à l’avant placent la chaussure nettement plus bas que ses concurrentes directes. La Cloudultra Pro annonce 40 mm, la Vectiv Pro 3 monte à 43 mm, la Metafuji Trail 2 se situe à 41 mm et la Cascadia Elite tourne autour de 40 à 41 mm. L’écart avoisine donc les 10 mm. Il existe plusieurs façons de mesurer un stack et aucun consensus ne s’impose entre les marques, ce qui explique certaines divergences entre testeurs et fabricants. Quelle que soit la méthode retenue, la SpeedARC Peak reste la plus basse du lot et cela se ressent dès qu’on met le pied dedans.

On a donc moins de matière sous le pied. L’amorti reste malgré tout moelleux, parce que la mousse PEBA Float Pro sur laquelle le pied repose fait le travail qu’on attend d’une mousse de nouvelle génération. Courir avec reste agréable. Simplement, la quantité d’amorti est inférieure à ce qu’on trouve sur les autres modèles de cette catégorie, et quelqu’un qui vient d’une Metafuji Trail 2 sentira l’écart immédiatement.

Le reste de la chaussure ne pose pas de problème de confort. Le contrefort est rembourré et les structures moelleuses au niveau du talon et du tendon d’Achille rendent l’accueil du pied agréable. Des éléments amortissants au-dessus du pied évitent de sentir les lacets une fois serrés, et des bandes élastiques internes plaquent la languette contre le pied.

Il faut quand même savoir que la tige Matryx arrive directement au contact du pied, sans doublure. C’est un peu rugueux. Je trouve cela tout à fait acceptable, mais on est loin d’une chaussure poussée au maximum du confort comme peut l’être une S/Lab Ultra Glide 1.5. Si vous cherchez quelque chose de plus douillet, il faudra passer par une chaussette adaptée ou regarder ailleurs.

Une sensation différente entre l’avant et l’arrière du pied

L’amorti ne m’a pas paru homogène sur toute la longueur de la chaussure. La plaque carbone couvre les trois quarts de la semelle et s’arrête un peu avant le talon. À l’arrière du pied, on s’enfonce davantage et on conserve plus de sensations terrain, parce que la plaque ne joue plus son rôle de filtre à cet endroit. J’avais déjà ressenti quelque chose de similaire sur la Metafuji Trail 1.

Les coureurs qui attaquent médio-pied ne remarqueront probablement rien. J’ai plutôt tendance à attaquer arrière ou médio-pied, et j’ai senti cette différence quand j’attaquais franchement talon, ce qui arrive surtout en descente. Il faut vraiment appuyer sur le talon pour percevoir le phénomène, donc cela reste ponctuel.

Le dynamisme et l’absence de rocker

Face aux autres Merrell que je connais, la SpeedARC Peak se détache clairement. Elle est plus dynamique que la MTL Adapt, que l’Agility Peak 6 et que la Long Sky 2. La mousse PEBA apporte du rebond et une vraie sensation de restitution d’énergie. La comparaison devient moins favorable face aux autres super shoes de la table. Je trouve qu’elle renvoie moins qu’une Metafuji Trail 2, qu’une Cloudultra Pro et surtout qu’une Vectiv Pro 3, dont le rocker reste impressionnant.

Deux raisons expliquent cet écart. La quantité de mousse est d’abord plus faible, donc il y a moins de matière qui s’écrase et qui restitue de l’énergie. La géométrie ensuite ne propose quasiment pas de rocker. La Metafuji Trail 2 offre un rocker très comparable à celui de la SpeedARC Peak, sauf qu’elle embarque 10 mm de mousse en plus, ce qui change tout à l’usage.

Ce rocker discret m’a surpris, parce que Merrell sait très bien faire l’inverse. La Pro Morph propose une géométrie extrêmement marquée et très dynamique. La MTL Adapt, sans aller aussi loin, offre un déroulé du pied bien présent. Sur la SpeedARC Peak, ce déroulé est presque absent. Je me demande si la marque a fait ce choix pour préserver la stabilité, puisque les gros rockers s’accompagnent souvent d’une certaine instabilité. La MTL Adapt montre pourtant que les deux peuvent coexister. Pour une chaussure qui se présente comme un modèle haute performance, j’aurais aimé un peu plus de déroulé, sans forcément aller jusqu’au niveau d’une Vectiv Pro 3.

La stabilité, le vrai point fort

Je suis parti sur des terrains techniques sans la moindre appréhension, sans ralentir et sans modifier ma foulée. Ce n’était le cas ni avec la Cloudultra Pro, ni avec la Vectiv Pro 3. On ne perçoit presque pas de différence entre une portion où l’on déroule et une portion où il faut choisir chaque appui.

Plusieurs éléments y contribuent. Le stack bas rapproche le pied du sol. L’absence de rocker limite les mouvements parasites. La résistance à la torsion empêche la chaussure de partir dans tous les sens une fois le pied posé, ce qui n’a rien d’évident quand on repense à une Speedgoat 7 qu’on peut vriller sans effort.

La largeur de plateforme joue aussi. J’ai relevé environ 120 mm à l’avant, 80 mm au médio-pied et 100 mm à l’arrière, avec des mesures maison qui restent approximatives. La Metafuji Trail 2 affiche de son côté 124, 77 et 84 mm, soit un arrière-pied bien plus étroit. La Cascadia Elite s’en approche davantage. La Vectiv Pro 3 présente visiblement un médio-pied et un arrière-pied plus fins.

Je veux insister sur ce point plutôt que de l’enrober. Je n’ai jamais testé de chaussure qui combine aussi bien stabilité et dynamisme.

Le fit et la précision

Le chaussant est moyen à fin et il reste proche du pied. J’ai le pied fin et je l’ai quand même trouvé assez fit. Les bandes latérales anti-abrasion, prévues pour la durabilité, ajoutent de la rigidité à l’ensemble. La mèche élastique centrale est minime et la tige se déforme très peu.

Cela donne une chaussure précise, qui va de pair avec sa stabilité. Le pied ne bouge pas dans la chaussure, la chaussure ne se déforme pas sous la charge, et on sait où on met les pieds. Sur ce point, on sent bien qu’on a affaire à une marque à l’ADN montagne.

L’accroche et l’adhérence

L’accroche est énorme, le Vibram Megagrip Elite et les crampons de 4 mm bidirectionnels font un travail remarquable, avec les crampons en étoile qu’on retrouve sur les autres modèles de Merrell et les crampons en V.

Sur mes premières sorties, j’ai même trouvé que ça accrochait trop. Sur certaines roches, la chaussure restait littéralement ancrée et cela m’a surpris. La sensation s’est atténuée au fil des kilomètres, parce que la première couche de crampons s’use assez vite. Cette usure initiale non linéaire est normale sur toutes les chaussures, et je n’ai plus ressenti le phénomène ensuite.

L’adhérence sur sol humide est bonne. J’ai couru une fois sur roche mouillée et je n’ai pas eu de mauvaise surprise, ce qui reste habituel avec du Vibram.

Des défauts ?

Le prix

La chaussure est proposée à 290 €. Elle se place donc au-dessus de tous les modèles que j’ai cités, et on parle du haut du haut de gamme en trail. Je ne me permets pas de juger si ce tarif est justifié, parce que je n’ai aucune idée du coût réel d’un matériau comme le Matryx. Je peux en revanche constater que Merrell a réuni ce qui se fait de plus avancé aujourd’hui, avec la mousse PEBA Float Pro, la tige Matryx et une plaque carbone dissociée. Cela reste un budget conséquent. Le code promo de 15 % lié à mon partenariat avec la marque la ramène à peu près au niveau tarifaire des autres super shoes.

Les lacets

J’ai été surpris de trouver des lacets plats classiques sur un modèle de ce niveau. Merrell les annonce élastiques et anti-délaçage, mais je n’ai pas retrouvé ces deux caractéristiques à l’usage. L’élasticité m’a paru quasi inexistante et je ne vois pas les crans qui permettent aux lacets de s’accrocher entre eux. Les trois autres modèles de la table proposent justement des lacets crantés, et l’Asics va plus loin avec un système de laçage rapide. Merrell sait faire autre chose, puisque l’Agility Peak 6 existe désormais en version Boa. Des lacets crantés auraient suffi à mettre ce détail en cohérence avec le reste de la chaussure.

Le poids

Les 346 grammes de ma paire en 46,5 constituent le point le plus discutable. On est au niveau de la MTL Adapt, qui est pourtant une chaussure bien plus massive et qui ne prétend pas à la haute performance. Dans sa catégorie, la SpeedARC Peak pèse 20 grammes de plus que la Cascadia Elite, 40 grammes de plus que la Cloudultra Pro et 50 grammes de plus que l’Asics. Elle affiche le même poids que la Vectiv Pro 3, dont j’avais déjà écrit qu’elle me semblait trop lourde. Ce constat pèse d’autant plus qu’on parle d’une chaussure avec 10 mm de mousse en moins que ses concurrentes. Un allègement me paraît être une piste de travail intéressante pour une éventuelle version 2.

Pour quelle utilisation ?

Si vous cherchez un déroulé maximal et des sensations proches d’une super shoe de route, ce modèle n’est pas fait pour vous. Ce n’est pas ce que propose Merrell ici. Dans ce cas, la Vectiv Pro 3, l’Asics ou la Cloudultra Pro vous apporteront bien davantage de renvoi et de déroulé.

La SpeedARC Peak s’exprime ailleurs. Elle brille quand le terrain alterne, quand on enchaîne les portions techniques, les passages raides et les singles sur lesquels on veut relancer. Parmi toutes les chaussures que j’ai testées, aucune ne gère aussi bien cette alternance.

Pour les formats, je la vois sur du long et de l’alpin, disons entre 40 et 80 kilomètres. Merrell la présente comme une chaussure d’ultra et je reste plus réservé sur ce point, parce que l’amorti n’est pas énorme et qu’on garde beaucoup de sensations terrain. Personnellement, je ne me vois pas partir au-delà de 10 à 12 heures avec, sauf à prévoir un changement en cours de course.

Plus concrètement, je partirais sans hésiter sur un 40 ou un 75 kilomètres de l’UTCAM, et le 50 kilomètres très raide de la même épreuve me paraît taillé pour elle. Sur l’Échappée Belle, je l’emmènerais avec plaisir sur la seconde partie, et je n’aurais pas peur de l’utiliser sur la première malgré son caractère plus accidenté. Sur les Templiers, je la prendrais volontiers. Sur la SaintéLyon en revanche, je passerais mon tour, parce qu’on peut y utiliser une chaussure bien plus dynamique sans avoir besoin des qualités techniques de ce modèle. Sur un UTMB, j’hésite, parce que les portions vraiment techniques n’y sont pas si nombreuses.

Merrell est peut-être en train de créer une catégorie

Après ce test, je me demande si la comparaison avec les autres super shoes a vraiment du sens. Merrell annonce une chaussure haute performance, et c’en est une, mais elle ne joue pas sur le même terrain que les modèles auxquels je l’ai confrontée.

La réussite de cette chaussure tient à une conciliation que je n’avais encore jamais rencontrée, celle entre le dynamisme et l’aisance en montagne. Les deux vont rarement ensemble. Soit on a une chaussure taillée pour le terrain accidenté, raide et résistante à l’abrasion, qui ne répond plus dès qu’on veut relancer sur un single. Soit on a une chaussure très répondante qui devient inconfortable dès que le sentier se complique.

J’ai l’impression qu’on arrive à un point où les chaussures dynamiques de trail vont se scinder en deux familles. D’un côté, on trouverait les modèles pour trails roulants, même très longs, dans lesquels je rangerais la Cloudultra Pro, la Vectiv Pro 3 et la Cascadia Elite, et peut-être la Tecton X4 que je n’ai pas encore testée. De l’autre, on trouverait les modèles dynamiques pensés pour les sentiers techniques de montagne, avec la SpeedARC Peak. L’Asics se placerait entre les deux, puisqu’elle s’en sort correctement dans le technique.

Beaucoup de super shoes de trail sont présentées comme la chaussure pour gagner l’UTMB, et ce discours me paraît cohérent pour la plupart des modèles cités ici. La SpeedARC Peak me semble plutôt taillée pour gagner une CCC, une TDS ou une Restonica. C’est une chaussure atypique, et c’est bien pour cela que ce test est aussi long.

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