Test Inov-8 TrailFly Pro – La chaussure qui fait travailler le pied

Publié le 11 Sep 2026 · Par Cyril Forestier · Temps de lecture ~8 min.

Test Inov-8 TrailFly Pro – Elle ne vous AIDERA PAS, et c’est VOULU !

Test Inov-8 TrailFly Pro – Elle ne vous AIDERA PAS, et c’est VOULU !

Sommaire

Vous cherchez un test de la TrailFly Pro de Inov-8 ? Ce test est pour vous !

D’habitude, j’ouvre mes tests en parlant un peu de la marque et de la gamme. Ici, l’exercice est compliqué pour moi, parce que je ne suis pas un spécialiste d’Inov-8. La seule chaussure de la marque que je connaisse est la Mudtalon Speed, dont j’avais publié le test l’an dernier. C’est un modèle très typé, avec d’énormes crampons pensés pour la boue et la neige, donc il ne représente pas grand-chose de ce qu’Inov-8 sait faire par ailleurs. Je sais que la gamme est large, avec des modèles fins, des modèles wide, des variations importantes d’amorti, mais je n’y ai pas assez passé de temps pour vous proposer des comparaisons internes solides.

Il y a une deuxième raison à ce manque de comparaisons. Cette TrailFly Pro est tellement atypique que je n’ai trouvé aucun modèle pertinent à poser à côté d’elle dans ma collection. Elle prend le contre-pied de la quasi-totalité de ce que je teste en ce moment, à savoir des chaussures qui stabilisent, qui maintiennent, qui accompagnent la foulée, souvent lourdes et très construites. C’est vraiment une chaussure à part, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

J’ai couru 60 kilomètres avec elle, en variant les contextes autant que possible, avec un peu de terrain technique, un peu de vitesse, du sentier facile et de la forêt.

Caractéristiques techniques de la TrailFly Pro

  • Poids ➡️ 228 grammes en 42,5, 272 grammes en 45.5 (Inov-8 taille grand, je suis 1 pointure en dessous de ma taille habituelle).
  • Hauteur du stack arrière/avant ➡️ 34 / 28 mm. 26 / 20 mm de mousse, 4 mm de semelle de propreté et 4 mm de crampons.
  • Drop ➡️ 6 mm.
  • Plateforme ➡️ Approximativement 120 mm à l’avant-pied, 75 mm au médio-pied, 88 mm au talon.
  • Tige ➡️ Ripstop polyester monocouche fine. Renforts imprimés en 3D à l’avant-pied et au médio-pied. Les hauteurs des cols du contrefort sont décalé pour mieux épouser les malléoles interne et externe qui ont anatomiquement une petite différence de hauteur.
  • Laçage ➡️ Lacets crantés pour prévenir le délaçage sur 5 à 6 oeillets. Languette légèrement matelassée.
  • Semelle extérieure ➡️ Graphene Grip (propriétaire), gomme enrichie au graphène. Couverture partielle, découpée en quatre zones indépendantes par de larges rainures de flexion (METAFLEX). Crampons de 4 mm en chevrons, bi-directionnels (orientés vers l’avant pour la propulsion et vers l’arrière pour le freinage).
  • Semelle intermédiaire (amorti) ➡️ POWERFLOW ELITE, nouvelle mousse TPEE supercritique infusée à l’azote. Semelle de propreté moulée BOOMERANG LITE elle aussi en TPEE supercritique.
  • Largeur du chaussant ➡️ Normal au talon et au médio-pied, large à l’avant-pied avec une toe box prononcée.
  • Plaque ➡️ Aucune.
  • Autres informations ➡️ Presque aucun rocker, imperceptible à la bascule et à la course. Chaussure très peu résistante à la torsion en longitudinale et en transversale. Contrefort talon souple. Pas d’élastique de maintien de la languette.
  • Prix catalogue ➡️ 170 €.

Confort

Le confort est correct, et il se joue surtout sous le pied. La POWERFLOW ELITE est une mousse TPEE supercritique nouvelle génération, associée à une semelle de propreté BOOMERANG LITE dans le même matériau. L’ensemble est moelleux, agréable, et il restitue un peu d’énergie dès les premières foulées. La languette est douce et le contrefort talon reçoit un léger matelassage.

Autour du pied, le confort reste normal, ni prononcé ni en retrait. Aucune structure interne ne vient l’améliorer, ce qui colle parfaitement à la philosophie du modèle. Un point mérite d’être noté sous le pied. Avec 20 mm de mousse à l’avant, on n’est pas sur une chaussure épaisse, donc on sent vite le sol. Mais ce qu’on a dessous reste moelleux et confortable.

Dynamisme

Le retour d’énergie est perceptible à la foulée, et il vient de deux choses uniquement, la mousse et la légèreté. Le TPEE fait son travail. On sent ce petit rebond agréable, sans excès, mais impossible de passer à côté du type de mousse qu’on a sous le pied.

La légèreté, elle, change beaucoup de choses. Avec 272 grammes dans ma pointure, on est très loin de mes repères habituels, puisque je tourne plutôt autour de 300 grammes au minimum sur mes modèles de trail. On ressent vraiment cette différence, au point d’avoir l’impression de n’avoir presque rien au pied.

En revanche, il n’y a aucun rocker exploitable. La chaussure est plate, et le déroulé n’est pas accompagné du tout. Par rapport aux modèles à rocker marqué que je connais, la différence saute aux yeux. Ce n’est pas un défaut en soi, c’est plutôt un parti pris. Combinez cette mousse un peu rebondissante avec ce poids plume et vous obtenez malgré tout un ensemble assez dynamique, avec lequel on peut aller chercher de la vitesse.

Fit

La TrailFly Pro taille grand et je l’ai en 45,5 alors que je suis habituellement en 46,5, donc une pointure complète en dessous.

Sur la première moitié du pied, du talon au médio-pied, je n’ai rien à redire. Je suis bien dedans, le chaussant est normal et fitté. À l’avant-pied, en revanche, le volume est très large, avec une toe box vraiment prononcée et un élargissement net au niveau des orteils. J’ai le pied plutôt fin et j’ai trop de place. La chaussure n’existe que dans une seule largeur, contrairement à la Mudtalon Speed qui se décline en narrow et en normal.

Si vous avez les pieds larges ou les orteils qui ont besoin d’espace, vous serez certainement très bien dedans.

Stabilité et maintien

Cette chaussure ne vous aidera ni à stabiliser, ni à maintenir quoi que ce soit. C’est votre pied qui doit faire le travail, et la chaussure se contente de le lui permettre.

Concrètement, elle se tord énormément, en longitudinal comme en transversal. La moindre pose de pied sur un caillou et on sent tout de suite que ça part d’un côté ou de l’autre. Les rainures METAFLEX sont là précisément pour ça, pour retirer de la rigidité à certains endroits et laisser la chaussure bouger dans plusieurs directions. Ajoutez à cela un contrefort talon totalement souple, qui ne retient aucun mouvement de cheville. Il ne reste que votre cheville et vos muscles stabilisateurs pour encaisser.

J’ai senti mon pied travailler beaucoup plus que d’habitude, et pourtant je cours beaucoup et je ne pense pas avoir des stabilisateurs faibles. Certains vont adorer cette sensation, d’autres la trouveront excessive. Dès que je suis arrivé sur du technique, je n’étais clairement pas à l’aise. Le problème ne vient pas de la hauteur de stack, comme sur certaines super shoes qui donnent un effet bateau. Il vient du fait que l’avant-pied et l’arrière-pied vrillent indépendamment.

Précision

On a beaucoup de sensations sous le pied, logique pour une chaussure aussi fine et aussi peu amortissante, mais je ne l’ai pourtant pas trouvée précise.

J’associe ça directement à la toe box, trop large pour mon pied. Je ne suis pas certain qu’elle manque de précision pour tout le monde. Si vous remplissez mieux ce volume avant, vous arriverez peut-être à retrouver du mordant sur les appuis.

Accroche et adhérence

L’accroche est correcte, les crampons en chevrons de 4 mm sont bidirectionnels, orientés vers l’avant pour la propulsion et vers l’arrière pour le freinage, et ils font efficacement leur travail en montée comme en descente. Je ne l’ai pas emmenée dans du très technique, donc je n’ai pas exploré ses limites extrêmes, mais sur tout le reste je n’ai rien à lui reprocher.

Je note quand même une sensation que je ne retrouve pas ailleurs. Le pied travaille pour aller mordre, en plus des crampons. Là encore, l’ADN du modèle ressort, puisque la chaussure sollicite le pied autant que le matériau.

Concernant l’adhérence, je l’ai trouvée bonne sur surface humide, mais je n’ai pas pu la tester sur du très mouillé.

Durabilité

C’est ma vraie inquiétude, et elle concerne directement les rainures METAFLEX.

À environ 40 kilomètres, une bande de crampons a commencé à se décoller, précisément dans une zone de rainure. Une seule chaussure de la paire est touchée. Le décollement est apparu juste après une sortie qui comportait une section technique, pendant laquelle je sentais vraiment la chaussure vriller dans tous les sens. Je fais donc le lien entre les deux.

Mon interprétation est la suivante. Ces bandes METAFLEX sont intéressantes pour laisser le pied travailler, mais ce sont aussi des zones sans gomme, donc des zones de fragilité. Sur un terrain qui malmène la chaussure, elles encaissent mal.

Le moelleux, lui, a un peu évolué sur les trente à quarante premiers kilomètres, puis il s’est stabilisé. Je ne suis pas inquiet de ce côté.

Je vous recommande d’évitez la vraie montagne, le rocailleux et l’abrasif avec ce modèle, sinon vous risquez de l’abimer rapidement.

Ce que j’ai moins aimé

La souplesse extrême me demande trop de travail au pied. C’est un ressenti personnel mais je préfère des chaussures un peu plus rigides, qui résistent davantage aux torsions imposées par le terrain.

La fragilité de la semelle extérieure me gêne davantage, puisque l’usure est arrivée vite. L’absence de pare-pierres à l’avant va dans le même sens et confirme que ce modèle n’est pas taillé pour les terrains cassants.

Enfin, la toe box unique et très large exclut une partie des coureurs, dont je fais partie.

Pour quelle utilisation ?

La TrailFly Pro est une chaussure minimaliste dans sa structure, très souple, très légère, sans plaque, sans rocker et sans maintien. Elle est pourtant équipée d’une mousse supercritique nouvelle génération qui donne du répondant. Cette combinaison reste rare, puisque le minimalisme s’accompagne généralement d’une mousse fine, plate et raide sous laquelle il ne se passe pas grand-chose. Ici, ça rebondit, et c’est plaisant à courir.

Elle s’adresse d’abord aux pieds larges et aux pieds forts. Je la vois sur des terrains faciles, en forêt, sur du sentier roulant et peu accidenté. J’y ai passé mes meilleurs moments avec elle, et c’était même vraiment agréable. Je n’irai pas jusqu’à parler de gravel, parce que la chaussure reste pensée pour la montagne, mais dans les faits je l’utilisais sur ce type de terrain.

Elle peut aussi trouver sa place en rotation, comme le modèle qui fait travailler la musculature du pied plus que d’habitude, sur quelques footings ou sur des sorties peu techniques. Pour les coureurs qui cherchent du minimalisme sur des formats moyens à longs, voire sur de l’ultra pour les pieds les plus solides, elle a de vrais arguments.

En revanche, je la déconseille en montagne technique, car vous allez la subir, à moins d’avoir un pied très solide, et vous allez l’abîmer vite.

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