Dans cet épisode, j’ai retrouvé Aurélien Dunand-Pallaz, que j’avais déjà reçu en janvier 2024 parmi mes tout premiers invités. Vainqueur de la Hardrock 100 et de la Diagonale des Fous, deuxième de l’UTMB 2021 derrière François D’haene, il a remporté cet été la Restonica avec le record du parcours. À l’époque de notre premier échange, il évoquait déjà un rêve qu’il gardait dans un coin de sa tête, le record du GR20. Deux ans et demi plus tard, il s’apprête enfin à le tenter, dans une fenêtre comprise entre le 22 et le 25 septembre 2026.
Ce projet ne doit rien au hasard. Enfant, Aurélien a passé treize étés d’affilée en Corse avec ses parents, et il compte aujourd’hui dix-neuf passages sur l’île. Le vingtième sera celui du record. L’idée a mûri en 2020, quand la sortie du confinement l’a conduit sur son premier GR20, bouclé en quatre jours. Il y est retourné seul en 2021, puis en trois jours avec ses parents en 2022, et il s’y est encore entraîné en 2023 pour préparer sa victoire à la Diagonale. Une première tentative prévue en juin 2025 a été annulée, car il avait forcé trop tôt en sortie d’hiver et s’était blessé. Il a préféré laisser le projet mûrir une année de plus. Pour lui, aucun terrain ne lui convient mieux que celui du GR20, fait de petits pas, de dalles et de descentes très techniques.
Le défi reste immense. Le record est passé entre les mains de Kilian Jornet en 2009, de Guillaume Peretti en 2014, de François D’haene en 2016, de Lambert Santelli en 2021, puis de nouveau de François D’haene début juillet 2026, qui l’a amélioré d’environ quarante minutes. La tentative suit le tracé original, avec le Cirque de la Solitude, les crêtes du Pinzi Corbini, le Monte Incudine et la variante des aiguilles de Bavella. La Ligue corse de la FFME encadre l’officialisation. Un carnet se fait signer à chaque refuge, un suivi GPS transmet la position en direct, et le règlement limite les accompagnateurs à deux en simultané, trois dans le Cirque de la Solitude.
La préparation d’Aurélien Dunand-Pallaz
Aurélien a choisi septembre plutôt que juin ou juillet, la période de tous les records précédents. Il craint la chaleur de l’été, il juge difficile d’être à cent pour cent en juin en sortant d’un hiver savoyard, et ses accompagnateurs de haut niveau courent l’UTMB début septembre. Ce choix a un prix, puisqu’il passera environ trois heures de nuit de plus que François D’haene. Il prévoit donc un départ autour de 4 h 30 pour aborder de jour la grande descente technique qui précède Vizzavona.
Il s’entraîne seul, construit lui-même sa planification et l’organise autour d’une vie de famille qui s’est agrandie depuis notre premier échange. Il a vécu cet hiver sa plus grosse saison de ski de randonnée, entre sorties longues, séances de côtes et petites courses. Sa saison ne comptait que deux courses, Madère fin avril puis la Restonica, avant que tout converge vers le GR20. En mai et juin, il a enchaîné les sorties de cinq à sept heures dans les Bauges, sur un rythme toujours un peu tonique. Il a même placé sa plus grosse sortie, sept heures et 4 000 mètres de dénivelé, à quatorze jours de la Restonica. Son dernier gros bloc l’a ramené en Corse pour parcourir le GR20 en trois jours, nuit comprise. Les orages l’ont arrêté avant la fin, mais il a tout de même reconnu 81 % du tracé.
Le jour J, il ne portera qu’un short et un t-shirt. Neuf accompagnateurs se relaieront sur huit points de changement, dont Ludovic Pommeret, Arthur Joyeux-Bouillon, Diego Pazos et Martin Kern. Ils porteront son eau, sa nourriture et ses bâtons. Aurélien a placé les plus costauds en début de parcours, les spécialistes du terrain technique sur le Cirque de la Solitude, et il a privilégié avant tout des amis avec qui il partage la semaine. Côté nutrition, il reproduit ce qu’il a validé sur la Restonica, où il a tenu 100 grammes de glucides par heure pendant 14 h 30. Sa stratégie repose sur une boisson dosée à 60 grammes, des gels et quelques sodas, avec des bouillons pour la nuit et une part de pizza très simple en réserve.
Aurélien sait où le record peut se jouer. Il aborde sereinement le nord, son terrain de prédilection, mais il redoute la nuit entre Vizzavona et Bavella, où la fatigue rendra chaque relance coûteuse. Au-delà du chrono, il veut surtout profiter de trente heures passées aux côtés de deux copains et d’une semaine qu’il attend depuis des années.
Extraits de l’épisode avec Aurélien Dunand-Pallaz
- Pourquoi le GR20 plutôt qu’un autre FKT ? « J’ai eu la chance de partir en Corse chaque année depuis tout petit. Ce mythe a grandi avec tous les champions qui sont passés sur ce record, et il n’existe pas de terrain qui me convienne mieux que celui-là. »
- Qu’est-ce qui change par rapport à une course ? « Je n’ai que mes sensations à gérer. En course, si un adversaire est devant toi depuis cinq heures, tu forces pour rester avec lui. Sur un FKT, si je suis un peu moins bien, je reste en dessous, et j’accélère quand ça revient. »
- À quel moment seras-tu satisfait de ce GR20 ? « Je veux prendre du plaisir. Je vais courir toute une journée et toute une nuit avec deux copains à mes côtés, et si j’arrive à discuter avec eux, c’est que j’avance bien. »
Les chaussures d’Aurélien
Pour suivre l’actualité de mon invité : https://www.instagram.com/aurelien_dunand_pallaz/
